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HannaH
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Message par defaut Prostitution :: les tragiques ratés d'une loi.

le Ven 27 Avr 2018, 09:33
Il y a deux ans entrait en vigueur la loi « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel » , qui avait pour ambition d'abolir la prostitution et prévoyait à cette fin la pénalisation des clients.

Nous fûmes nombreux à l'époque à dénoncer ce texte à la fois sur le plan des principes (comment refuser à un adulte autonome la liberté de vendre son corps ?) et sur celui plus pragmatique des conditions de travail des prostitué·e·s : la prohibition est la meilleure alliée du non-droit, de la souffrance et de l'exploitation. Cette crainte est aujourd'hui confirmée par les faits. Une étude menée par Médecins du Monde, Aides et une dizaine d'associations de terrain fait un constat sans appel : la pénalisation des clients, loin de « réduire l'offre » comme l'imaginaient les législateurs depuis leurs fauteuils en velours, a entraîné la dégradation d'une profession déjà difficile et mal reconnue.

Précarisation accrue
La dissymétrie introduite dans le rapport avec le client explique une précarisation accrue, avec des revenus en baisse et des risques en hausse. La clandestinité forcée conduit à la recrudescence de violences multiformes (et pousse à recourir davantage aux intermédiaires, proxénètes ou « agences »). La peur de la police renforce l'isolement et la stigmatisation. Celles et ceux que l'Etat entendait mieux protéger sont aujourd'hui les victimes de la morale publique. Ce qui se fait au grand jour peut être réglementé de manière rigoureuse, comme la Suisse ou la Nouvelle-Zélande ont bien compris en institutionnalisant les maisons closes. A l'inverse, ce que l'on relègue dans les bas-fonds de la société se transforme en boue.

Une telle réalité n'est sans doute pas plaisante à voir pour ceux qui, comme moi et comme j'imagine la plupart des lecteurs, restent éloignés de l'univers prostitutionnel. Raison de plus pour l'exposer crûment. Les centaines de prostitué·e·s interrogées pour ce rapport témoignent des difficultés rencontrées depuis la loi. Ecoutons-les. Yacine, travesti algérien : « La loi m'a rabaissé complètement, parce que je cours derrière le client pour qu'il accepte. » Magali, femme française : « La vérité c'est qu'on n'aurait pas besoin de dénoncer des clients si on nous laissait avoir les clients qu'on veut. » Grace, femme nigériane : « Ils prennent des risques en venant me voir, donc ils veulent que je baisse le prix. ». Amel, femme trans française : « On est face a des clients qui viennent nous dire : Moi je prends un risque de 1 500EUR d'amende et d'etre pénalisé, qu'est ce que tu fais pour moi ? » Aurora, femme trans argentine : « Je suis foutue depuis qu'ils ont approuvé cette satanée loi. » Etc. Des centaines de citations accablantes, qui contrastent avec les propos du Premier ministre Manuel Valls lors de l'adoption de la loi : « une avancée majeure pour le respect de la personne humaine ».

Effets nocifs
Comment peut-on concevoir des textes aussi indubitablement nocifs, et esquiver ensuite toute responsabilité ? La lecture du dernier essai de Nassim Taleb , Skin in the Game, permet de mieux comprendre les ressorts épistémologiques d'un tel aveuglement. Héritier spirituel de Karl Popper, Taleb croit dans l'amélioration graduelle, par tâtonnements, et se méfie des grands plans d'ingénierie sociale. Reprenant l'adage romain, il plaide pour que chacun mange les tortues qu'il a pêchées : autrement dit, pour que les ambitieux bienfaiteurs du genre humain soient exposés directement, personnellement, aux conséquences de leurs théories.

Marchandisation de la vertu
Taleb critique durement les universitaires, banquiers, politiques et experts de tous poils qui se complaisent d'autant mieux dans un discours macro qu'ils se gardent de bien de prendre le moindre risque micro. Dans un chapitre particulièrement approprié à la loi anti-prostitution, Taleb dénonce « la marchandisation de la vertu », bien plus malhonnête que celle du corps. Ceux qui font profession de morale se permettent d'ignorer superbement les individus auxquels elle s'applique. « Ils demandent une solution systémique pour toutes les injustices perçues localement », préférant la pureté d'un principe à la réalité de la vie.

La véritable vertu, poursuit Taleb, doit prendre le risque d'être impopulaire. Prôner la décriminalisation totale du travail sexuel n'est sans doute pas très tendance. Elle est néanmoins réclamée par le STRASS, le syndicat des travailleur·se·s du sexe. Pourquoi ne pas écouter ceux qui ont leur skin in the game ?

https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0301601231226-prostitution-les-tragiques-rates-dune-loi-2171528.php

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Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier : 
La femme qui a un mari et un amant est une prostituée pour l'un des deux et souvent pour tous deux, et puis je ne saurais consentir à céder la place à un autre.

                                                                                  
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