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HannaH
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Message par defaut Ces féministes qui soutiennent les travailleuses du sexe

le Mar 06 Mar 2018, 17:06
Contre les clichés visant à opposer travailleuses du sexe et féministes

La journée internationale pour les droits des femmes approche à grands pas et il est temps de rendre hommage (ou femmage) aux féministes qui soutiennent les luttes des travailleuses du sexe, avec des profils pouvant être très différents, s’opposant parfois, d’une Elisabeth Badinter à une Rokhaya Diallo ou à une Virginie Despentes.

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Régulièrement, on peut lire des commentaires antiféministes (y compris sur ce blog) expliquant que la prohibition du travail sexuel serait « la faute des féministes ». Ces affirmations sont problématiques parce qu’elles mettent toutes les féministes dans le même sac, alors même que la question du travail sexuel fait débat depuis de nombreuses années au sein des mouvements des femmes, et parce que c’est finalement donner raison aux courants féministes anti-travail-sexuel comme s’ils représentaient à eux seuls le féminisme en France. Ce n’est donc vraiment pas rendre service ni aux luttes des travailleuses du sexe, ni aux femmes en général qui n’ont peut-être pas envie d’être toutes assimilées à un même ensemble, un peu comme quand on dit journée de « la femme » au lieu « des femmes ».

Il est vrai que les médias n’ont pas aidé non plus lors des débats sur la pénalisation des clients, opposant trop souvent des féministes abolitionnistes à des machos / « salauds », laissant croire qu’être féministe consistait uniquement à être pour la pénalisation et que celles et ceux qui s’y opposaient étaient donc antiféministes.

Les luttes putes issues du féminisme

Des travailleuses du sexe ont toujours résisté aux diverses formes d’oppression à travers l’histoire et ont pu contribuer aux luttes des femmes. Il a pu s’agir de grandes courtisanes telle Ninon de Lenclos, tenant salon et usant de son pouvoir d’influence sur les hommes, ou de femmes révolutionnaires, telle Théroigne de Méricourt, réclamant l’égalité politique et demandant le droit de porter les armes. Le cas d’Olympe de Gouges est plus controversé: ses biographes préférant la présenter comme femme entretenue plutôt que demie-mondaine. Le concept de «travail sexuel» étant contemporain, il est en effet considéré anachronique d’identifier des femmes qui à ces époques étaient toutes plus ou moins dépendantes des hommes économiquement.


Le mouvement des travailleurSEs du sexe débute officiellement dans les années 1970 en pleine dite «seconde vague», avec la création de l’organisation Coyote en Californie en 1973, puis le mouvement d’occupation des églises en France en 1975. Dès cette époque, l’émergence soudaine du mouvement crée des débats entre féministes sur la bonne attitude à adopter. Si certaines comme Simone de Beauvoir n’hésitent pas à rendre visite aux «prostituées» occupant la chapelle St Bernard à Paris et à leur apporter son soutien, d'autres préfèrent discuter de leur condition d’aliénation et de leur retard de conscientisation par rapport au reste de la «classe des femmes».

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Tandis qu’aux Etats Unis, Margo St-James, fondatrice de Coyote, obtint le soutien de féministes comme Gail Pheterson qui théorisa le rôle du stigmate de putain en tant que police de genre; au Royaume Uni, l’English Collective of Prostitutes (ECP) s’allia à d’autres femmes telle Selma James, elles-mêmes controversées dans le mouvement parce qu’elles réclamaient un revenu pour le travail ménager. La campagne pour des revenus pour le travail ménager affirmait par exemple:

Toutes les femmes bénéficient des succès des prostituées à recevoir de l’argent pour leur travail sexuel, parce que cet argent rend clair le fait que nous femmes, travaillons quand nous baisons, nous habillons, sommes gentilles, nous maquillons, chaque fois que nous sommes en relation avec des hommes... La prostituée, refuse le travail émotionnel et sexuel illimité (et la lessive) qui accompagne normalement les relations avec les hommes, en faveur d’une exigence d’argent.

Ces alliances se sont poursuivies au fil du temps, et les travailleuses du sexe ont développé leurs propres analyses, au point de parler parfois de «féminisme pute».

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Proximité avec différents courants féministes

Depuis les années 1980-90, certains parlent de troisième vague féministe avec l’explosion de plusieurs courants prenant en compte en particulier les besoins et revendications de femmes issues de minorités. En France, le phénomène apparaît comme plus récent, car bien que différents féminismes existaient déjà pendant la deuxième vague, c’est peut être l’essor d’Internet et des réseaux sociaux ces dernières années qui ont permis d’apporter une visibilité nouvelle à des combats ignorés ou effacés de l’histoire officielle.

Au moment où Sarkozy pénalisait le racolage dit passif en 2003, il préparait également la loi contre le port de signes religieux à l’école, prémisse de différentes lois anti-voile. Les féministes putes et féministes musulmanes se sont trouvées en commun le fait d’être représentées comme le paradigme de «la femme aliénée» alors que d’autres se distinguaient d’elles en s’affirmant «ni putes, ni soumises».

Le féminisme pute a trouvé également résonance dans les analyses portées par les afro-féministes, décoloniales, et anti-racistes, critiquant les interventions policières et carcérales de l’état tandis que les mouvements dominants du féminisme français continuent de revendiquer plus de lois pénales pour protéger les femmes. C’est le cas par exemple d’Angela Davis qui se bat aux Etats Unis contre le système carcéral et s’est prononcée contre la pénalisation du travail sexuel:

A mon avis, la criminalisation continue de la prostitution, et de l’industrie du sexe en général, va nourrir le plus grand développement du complexe industriel carcéral. Le démantèlement du système de protection sociale via les lois dites de réformes sociales va probablement mener à une plus grande expansion de l’industrie du sexe ainsi qu’à l’économie clandestine des drogues. La criminalisation de l’industrie du sexe va donc aider à tirer de plus en plus de femmes vers le complexe industriel carcéral. Il y a une dimension raciste à ce processus, puisqu’un nombre disproportionné de ces femmes seront des femmes de couleur.

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Autre exemple, les travailleuses du sexe partagent avec les mouvements féministes queer et LGBT l’imposition d’une identité stigmatisée conduisant à l’enfermement dans la «vie privée», à se cacher, ou mener une double vie. Elles partagent aussi avec les trans-féministes le fait d’être pathologisées par des experts auto-proclamés qui confisquent leur parole, et les accusent d’auto-mutilation ou auto-destruction, tandis qu’elles font émerger de nouveaux concepts comme celui du genre comme travail.

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Enfin, les théories développées par les féministes du care, ou certaines féministes socialistes comme Silvia Federici, ont permis de prendre en compte le travail sexuel comme une dimension importante de la dite «reproduction sociale du travail» réalisée par les femmes au profit des hommes, seuls considérés comme travailleurs productifs.

Toutes ces féministes ont inspiré des travailleuses du sexe qui développent ensuite leur propres théories. Morgane Merteuil, ancienne secrétaire générale du STRASS, apporte depuis plusieurs années en France une contribution majeure au féminisme matérialiste, s’appuyant sur le travail des féministes marxistes et socialistes avant elle, afin de mieux analyser et critiquer l’industrie du sexe, à partir d’un point de vue de classe, celui des travailleuses elles-mêmes. Elle défend l’idée que la répression du travail sexuel ne fait que renforcer une domination de classe sur les femmes.

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Des alliances possibles avec les féministes abolitionnistes?

Bien que les débats sur le travail sexuel soient très polarisés, on ne peut pas simplifier les conflits internes aux féminismes à seulement deux camps opposés. Toutes les féministes abolitionnistes ne sont pas exactement non plus sur les mêmes positions, et des alliances sont parfois possibles selon les combats menés.

Par exemple, Clémentine Autain pourtant très abolitionniste, s'est distinguée lors des débats sur la pénalisation des clients en exprimant ses doutes sur son efficacité et craignant au contraire des effets délétères contre-productifs sur la santé et la sécurité des femmes. les féministes du NPA se sont de même opposées à cette pénalisation, estimant que des «mesures d’urgence» comme la régularisation des sans papiers, l’accès au logement, ou des aides sociales seraient plus efficaces pour aider les femmes souhaitant arrêter le travail sexuel.

L’abolitionnisme est il vraiment majoritaire dans le féminisme français?

Les féministes abolitionnistes ont gagné une bataille en obtenant le vote de la pénalisation des clients en France en avril 2016. Contrairement aux féministes soutenant les droits des travailleuses du sexe, elles sont bien mieux implantées et influentes dans le paysage politique français. Partant d’une analyse plaçant la «prostitution» au sein d’un continuum de «violences faites aux femmes», elles ont évidemment davantage investi les associations et structures luttant contre ces violences et qui bénéficient d’une plus grande reconnaissance institutionnelle et d’un plus grand soutien politique et financier.

Alors que les féministes issues de minorités ou de milieux populaires, plus favorables aux travailleuses du sexe, sont très critiques des institutions, des médias, et se détournent des stratégies de lobbying auprès des partis politiques; les féministes abolitionnistes, au contraire, ont adopté de longue date des stratégies d’entrisme au sein des syndicats et partis politiques de gauche. Elles ont pu s’appuyer de plus, sur des femmes politiques d’envergure, qui ont fait de «la prostitution» un «sujet politique féminin», qu’elles ont monopolisé et utilisé comme tremplin pour leur carrière personnelle.

Les féministes abolitionnistes ont réussi par ailleurs à s’organiser collectivement et à apparaître comme les représentantes officielles de la cause des femmes en France. Regroupées en majorité au sein du Conseil National pour les Droits des Femmes (CNDF) depuis de longues années, elles tentent souvent avec succès d’exclure de leurs réseaux, toutes autres féministes ou groupes de femmes qui seraient soi-disant complices d’un «agenda antiféministe», parce qu’opposées aux lois anti-voile ou anti-prostitution.

Les organisations de travailleuses du sexe, de femmes trans, ou de féministes musulmanes se sont ainsi retrouvées des années entières reléguées en fin de cortège des manifs féministes, invisibilisées, et au mieux ignorées, quand ce n’était pas diffamées et agressées.

A la suite de ces exclusions, des manifestations féministes alternatives se sont mises en place, se qualifiant de féministes inclusives ou intersectionnelles. A Paris, c’est traditionnellement la manifestation partant de Belleville qui représentait ce nouveau courant. Au départ minoritaire, organisés autour du collectif 8 mars pour toutes, ces mouvements ont, année après année, pris de l’ampleur au point de dépasser en nombre parfois la manifestation dite officielle du CNDF.

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Afin de savoir ce qu’il en était des différents courants au sein des mouvements féministes français, l’organisation Les Ours à plumes a réalisé une enquête durant l’été 2017 recueillant les réponses de 107 organisations féministes en France, en leur demandant de présenter leurs combats et la façon dont elles s’identifient. Concernant la question du travail sexuel, 22,7% des organisations se déclaraient «pro-travailleuses du sexe» et 11,8% «abolitionnistes». Cela signifie que la majorité des organisations féministes ayant répondu à cette enquête ne se positionnent pas, ni dans l’un ou l’autre camp, mais avec tout de même, deux fois plus d’organisations se déclarant pro-travailleuses du sexe plutôt qu’abolitionnistes. Les représentations d’un féminisme français majoritairement abolitionniste seraient elles alors erronées?

Quoi qu’il en soit, les débats vont continuer à se poursuivre. Ce jeudi 8 mars 2018 de 18h30 à 20h30 se tient par exemple une discussion ouverte sur le thème de la sororité à la Colonie à Paris, s’appuyant sur les travaux de bell hooks et posant la question des alliances possibles entre différents groupes de femmes exclues du féminisme dit mainstream.

Pour conclure, voici une liste non exhaustive de différentes organisations et groupes féministes en France soutenant les luttes des travailleuses du sexe ou s’opposant à la pénalisation du travail sexuel: Le Planning Familial national, GARCES (Groupe d’Action et de Réflexion Contre l’Environnement Sexiste – collectif féministe de Sciences Po), MWASI collectif afro-féministe, Collectif MeToo Paris, Collectif 8 mars pour toutes, Femmes en Lutte 93, Les Tumultueuses, FRISSE (Femmes, réduction des risques et sexualités), Femmes Publiques, Faire Face (asso d’autodéfense féministe toulousaine), Femmes de la Terre, Collectif Lesbien Lyonnais, Les Copines, Féministes Plurielles (Nantes), Collectif Barbi(e)turix, Djendeur Terroristas, Crêpe Georgette, Groupe d’Autodéfense féministe, Les Méduses, Les Ourses à Plumes, Action Radicale Féministe, Bloc offensif antisexiste, La Mutinerie, Le Witch bloc

http://ma.lumiere.rouge.blogs.liberation.fr/2018/03/06/ces-feministes-qui-soutiennent-les-travailleuses-du-sexe/

_________________
Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier : 
La femme qui a un mari et un amant est une prostituée pour l'un des deux et souvent pour tous deux, et puis je ne saurais consentir à céder la place à un autre.

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